Fashion revolution week 2018 – un récap

Cette année, la Fashion Revolution week s’est déroulée du 23 au 29 avril, et à cette occasion, nous avons posté sur Instagram quelques idées de petits gestes et initiatives pour gérer sa garde-robe de manière plus durable. Parce que les bonnes pratiques, c’est aussi toute l’année, on a rassemblé ces conseils ici et on a aussi ajouté des compléments, avec notamment des sources pour se documenter et ouvrir la réflexion sur le sujet crucial qu’est le tournant plus que nécessaire vers une mode durable.

La Fashion Revolution Week,
qu’est ce que c’est?

Depuis la catastrophe du Rana Plaza en avril 2013 (effondrement d’une usine textile au Bangladesh qui a fait 1138 victimes), la Fashion Revolution Week interpelle chaque année, à la date anniversaire de cet événement, les acteurs de l’industrie de la mode pour demander plus de transparence et encourager les initiatives plus équitables et vertueuses. C’est l’occasion pour chacun, des grandes marques aux simples clients, de questionner son rapport avec la mode et de faire entendre sa voix pour faire bouger les choses à tous les niveaux.

En Français : “Soyez curieux, informez-vous, agissez!”

Le site FashionRevolution.org et son pendant en français rassemblent une myriade de ressources et d’idées pour que chacun (marque, distributeur, fabricant, blogueur, passionné de mode…) puisse participer.

Que peut-on faire concrètement? on peut interpeler notre marque préférée avec le hashtag #whomademyclothes pour indiquer qu’on veut en savoir plus sur les conditions de fabrication de ses vêtements, on peut suivre le #haulternative challenge pour témoigner sur son blog ou les réseaux qu’un autre rapport avec ses vêtements est possible… Le site regorge d’actions et d’outils à la portée de tous.

On peut aussi s’engager en signant un manifeste pour une mode plus juste (nous l’avons signé!) et ainsi montrer le grand nombre de citoyens qui se sentent concernés par cette question et qui veulent du changement.

Concrètement, est ce que tout ça peut avoir un impact? Eh bien oui, chaque petit pas compte, et l’un des moteurs du changement réside dans la transformation de la demande – si chacun est mieux informé sur ce qu’il achète, si on est nombreux à vouloir autre chose que ce que l’industrie de la mode nous propose en matière environnementale et sociale, si on le fait savoir et si on oriente nos choix pour consommer autrement, alors tôt ou tard les industriels devront trouver de meilleures réponses.


Ci-contre, quelques chiffres encourageants qui montrent l’audience grandissante du sujet lors des dernières éditions de la Fashion Revolution Week – on attend avec impatience les chiffres 2018!

Comment agir au quotidien?

Au-delà de la Fashion Revolution Week, qui centralise les actions une semaine par an, on peut aussi changer des petites choses dans son mode de vie au quotidien pour contribuer à cette révolution des mentalités et vivre en accord avec ses principes. Si vous êtes, vous aussi, sensibles à cette cause, voici nos idées:

1-  C O N T I N U E R     A     C O U D R E  !

#whomademyclothes ? À cette question, nous les couturières pouvons répondre « moi ! ». Et on peut toutes être fières de ce super pouvoir ! 💪 Faire (quelques-uns/tous, peu importe) nos vêtements nous-mêmes, c’est aussi prendre ses distances avec une industrie qui maltraite bien souvent ses travailleurs.

Ça n’est pas parfait, ça ne résout pas tous les problèmes, mais c’est déjà un pas vers une prise de conscience de la vraie valeur d’un vêtement, celui qu’on a passé du temps à créer, et qu’on ne veut pas devoir jeter dans un mois ou deux.

C’est créer une relation plus durable avec lui, c’est changer notre regard sur les vêtements du commerce, et c’est aussi chercher un vêtement qui nous mettra doublement et durablement en valeur : parce qu’on l’aura ajusté pour qu’il nous aille bien, mais aussi parce qu’il nous prouve tout ce qu’on est capables d’accomplir nous-mêmes !

2-  F A I R E    D’ A B O R D    A V E C    C E    Q U’ O N    A

💧 Ai-je vraiment besoin d’acheter un nouveau tshirt ?

Première idée : regarder d’un nouvel œil ce qu’on a déjà dans son placard. Parce qu’on ne peut pas transformer toute sa penderie en vêtements éthiques en un coup de baguette magique, parce que tout jeter serait bien pire, l’action qui a le moins de conséquences néfastes est bien d’utiliser ce qu’on a déjà.

Alors, que faire si on s’est lassé de nos t-shirts ? Si la coupe ne vous va plu ? Si celui-ci est irrémédiablement tâché ? Voici nos idées !

1- la teinture naturelle. C’est ludique, et la palette de couleurs est bien plus excitante qu’on ne pourrait l’imaginer. Ce superbe nuancier vient de chez Sophie Morille qui propose des ateliers de teinture végétale à Nantes. A Paris, les spécialistes de Whole proposent aussi des ateliers pour s’initier.

Crédit photo : Sophie Morille

2- Broder un texte ou des motifs. On adore les cours de broderie moderne d’Artesane ! Le cours sur les techniques pour broder du texte, dont est issu ce visuel, coûte 10€ et donne sacrément envie !

Crédit photo : Artesane

3- Retailler son t-shirt. Si vous avez un grand t-shirt large d’une belle matière, démontez-le et utilisez votre patron préféré (pourquoi pas le Arsène de Chez Machine qui est gratuit?) pour le retailler en un un joli modèle plus féminin, qui ne vous coutera rien du tout !

Crédit photo : Chez Machine

3-   D O N N E R    U N E     S E C O N D E    V I E     A     S E S      V Ê T E M E N T S

Et oui ! Il arrive forcément un moment où l’on doit se séparer de certains vêtements (abîmés, plus à la bonne taille, plus notre style…). Dans ces cas là, avant de les jeter, plusieurs options :

  • le don
  • le troc (contre un autre vêtement, un petit service…)
  • la revente (e-boutiques spécialisées, friperies…)
  • la transformation (en accessoires, autre vêtement, rembourage pour un coussin, chiffons, doublure…)…

Et si on ne peut que les jeter, autant les recycler ! Voici deux initiatives qui méritent d’être partagées :

1- Des lieux super chouettes comme La Textilerie (nouvellement installée à Paris) collectent vos textiles et chaussures, même abîmés, et les recyclent en de nouvelles créations lors de cours de couture, les proposent à tout petit prix (tshirt à 3€, robe à 8€) ou bien les confient à des filières de revalorisation (réutilisation, recyclage, transformation…).

Crédit photo : La Textilerie

2- La Fibre du Tri collecte vos vêtements, linge de maison et chaussures même usagés partout en France (voir la carte des points de collecte sur leur site) et les recycle en matières premières pour le textile (nouvelles fibres), mais aussi le bâtiment (isolation), l’automobile (rembourrage de sièges…)… Les dons en très bon état vont à des associations d’aide à l’insertion (dons aux plus démuns, réparation et revente…).

Crédit photo : La Fibre du tri

4-   M I E U X    C O N N A Î T R E    E T     C H O I S I R    S E S    T I S S U S

Crédit photo : Les Trouvailles d’Amandine

On continue notre série spéciale « Fashion Revolution » avec un sujet qui est crucial pour nous les couturières, qui sommes souvent perdues sur ce sujet : comment s’y retrouver parmi les tissus ? Faut-il toujours choisir des fibres naturelles ? Y a-t-il des composants toxiques pour l’homme dans les tissus ? Le bio, ça fait vraiment une différence ? Et lorsque mon vêtement a fini son cycle de vie, peut-on vraiment le recycler ? Et surtout, où trouver une information fiable ?

L’équipe des Trouvailles d’Amandine, le seul éditeur de tissus bio GOTS made in France nous apporte une aide bienvenue : sur leur blog, une série d’articles vous aide à trouver des repères sur le sujet. Le premier est une introduction qui propose un diagramme assez éclairant sur l’impact écologique des matières, classées de A à E, comme pour les appareils électriques : http://www.amandinecha.com/blog/les-matieres-textiles-comment-faire-le-tri/ – suivent d’autres articles qui se focalisent sur une matière en particulier : la viscose, le lin, le polyester… Super instructif !

Si mieux connaître les matières et leur impact à son importance, se renseigner sur les conditions de production des tissus est tout aussi important. Pourquoi ne pas contacter nos marques et fournisseurs de tissus préférés avec le hashtag #whomademyfabric pour leur signaler qu’on est tous demandeurs de plus d’informations sur la provenance et les conditions de fabrication des tissus qu’ils proposent ? Contrairement aux grandes marques de prêt-à-porter, on a la chance d’être une communauté plus accessible et bienveillante : l’idée serait d’ouvrir la discussion, de montrer notre intérêt, surtout pas d’être agressif.

Je crois par exemple que l’équipe de The Sweet Mercerie fait beaucoup pour s’approvisionner surtout en Europe, au Portugal notamment, et mentionne quasiment systématiquement la provenance de ses tissus, libre ensuite à chacun de tenir compte de ce critère ou pas pour ses achats. Ça devrait être le minimum dans toutes les boutiques, non ?

Crédit photo : réalisé à partir des éléments fournis par Fashion Revolution

Cette discussion sur l’origine des tissus, même si elle est nécessaire, nous a aussi fait prendre conscience du manque de transparence derrière des termes comme “made in France”. Toujours sur le blog des Trouvailles d’Amandine, cet article revient sur les conditions à partir desquelles on peut indiquer qu’un tissu a été fait en France : “Un textile peut être dit « fabriqué en France », « Made in France », lorsque le coût de la fabrication réalisée en France correspond à au moins 50 % du prix au départ de l’usine (de la valeur ajoutée).” Ce qui, compte tenu du différentiel important entre le coût de la main d’œuvre en France et à l’étranger, peut signifier qu’une seule étape de la production d’un tissu est effectivement “made in France”, alors que tout le reste de la chaîne est assuré dans d’autres pays.

Ça peut sembler un peu décourageant : comment bien faire puisque rien n’est transparent? On partage cette frustration, mais il ne faut pas se laisser abattre! Acheter un produit même partiellement fabriqué localement, c’est toujours mieux que de ne pas s’en préoccuper du tout. A côté de ça, continuer à poser des questions, à se renseigner… Et puis sans doute aussi, même si ça n’est pas le plus facile, faire moins d’achats, ou en tous les cas, des achats plus réfléchis (privilégier des tissus qu’on est sûr de coudre, pour lesquels on a déjà un projet précis).

Pour aller plus loin

Cette semaine de partage d’idées a suscité pas mal d’échanges et de dialogue, et on s’en réjouit, merci à tous ceux qui ont pris le temps de réfléchir sur le sujet et de partager leurs ressentis! L’une d’entre vous (@milichab sur Instagram) nous a suggéré d’écouter un podcast de La Poudre sur le sujet (publié l’année dernière mais toujours d’actualité), dans lequel des acteurs clé de la mode durable reviennent sur l’impact de l’effondrement du Rana Plaza sur leur vision de la mode, sur l’envers de la fast fashion et sur les initiatives entreprises pour changer les choses. On vous le recommande aussi!

D’autres documentaires sont des références pour en savoir plus, pour approfondir son questionnement, pour se faire une idée par soi-même. Voici la bande annonce (VO en anglais, mais on doit pouvoir trouver des sous-titres) du film The True Cost, que l’on peut voir sur Netflix ou bien en vidéo à la demande, ainsi que le documentaire de Cash Investigation (2012) Toxic Fringues.

On aurait aimé aborder des tas d’autres sujets (à commencer par l’entretien et la réparation de nos vêtements, pour les faire durer plus longtemps), il y aurait tellement à dire! C’est clairement un sujet qui nous tient à cœur et sur lequel on a envie de réfléchir et d’agir de manière plus approfondie… On est bien-sûr loin d’être exemplaires et on apprend chaque jour sur ces sujets, mais si on peut avancer avec vous, partager nos informations, idées et questionnements, et que ça intéresse certains de nos lecteurs et abonnés, on continuera!

En attendant, rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle Fashion Revolution week, et d’ici là, n’oubliez pas : la révolution pour une mode plus durable continue chaque jour de l’année dans nos placards et sous le pied de nos machines à coudre!

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